Le carnet des idées fixes

Droit du sol

11 février 2024

Avec une mère socialiste et un père gaulliste, j’ai eu très tôt l’opportunité de m’intéresser aux affaires publiques. Mes premiers souvenirs, dans ces affaires-là, remontent, je le crois bien, à l’âge de mes quatre ans. C’était fin 1977, un certain Philippe Séguin venait d’arriver à Épinal. On le disait énarque, membre du cabinet du Premier ministre de l’époque, Raymond Barre. On le disait brillant – ce qu’il était assurément. On le disait aussi – et certains le disaient plus que d’autres et pour des raisons qui leur appartiennent – natif de Tunis.

Et dans l’hiver 1977, les rumeurs allaient grand train dans la première circonscription des Vosges – rumeurs entièrement distillées par le colonel Bernard Freppel, qui était alors le représentant local du Front national (rumeur parfois relayée par des militants et des élus du parti socialiste) : Philippe Séguin ne s’appellerait pas Philippe Séguin, mais « Mohammed Ben Seguine ». Et c’est sous cette absconse dénomination que tous les membres vosgiens du FN, riant sous cape et se moquant de cet « arabe » venant nous représenter, nommeront Philippe Séguin pendant les trente ans qui suivirent. Ils se sont bien gaussés. Les cons se gaussent toujours. C’est d’ailleurs leur seule occupation.

En avril 1978, Philippe Séguin fut élu (contre toute attente) député des Vosges. On faisait, en effet, peu de cas de lui, étant donné que Pierre Blanck, alors maire d’Épinal, était le favori de l’élection et que le vent électoral français ne soufflait pas exactement dans les voiles de la droite. Bientôt, François Mitterrand allait être élu. Philippe Séguin avait d’ailleurs été parachuté par Christian Poncelet pour une unique raison : arracher cette circonscription à la droite républicaine pour conserver l’ascendance sur tout le Département. Calcul de vil rusé…

Si je raconte tout cela, alors que l’affaire du moment est la proposition de modification de la Constitution proposée par le ministre de l’Intérieur pour Mayotte, c’est d’abord pour rappeler posément que le « droit du sol » et le « droit du sang » ne sont que des vues de l’esprit. En 1977, Philippe Séguin, né à Tunis, n’était pas français aux yeux du Front national – je doute qu’il le soit désormais aux yeux du Rassemblement national.

Mais ce que je redoute le plus, c’est qu’on se livre à une mauvaise interprétation de l’héritage républicain que nous avons en partage : est citoyen français qui veut l’être. Sous la Révolution, c’est cette doctrine qui fit de l’Américain Thomas Paine et de l’Allemand Anacharsis Cloots des citoyens et des parlementaires français à part entière.

« Est citoyen de la République française tout Homme qui adopte les principes et les fondements de ladite République. » C’est le texte de la seule modification constitutionnelle possible.

Ce n’est pas une question de droit du sol, de droit du sang ou du droit du cœur. C’est une question de droit de l’Esprit.

Affiche, mode d’emploi

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